 | Pris dans ce qui apparaît de plus en plus comme une véritable guerre civile, le gouvernement d'Abuja a proposé de passer l'éponge sur des années de conflit larvé qui ont coûté au pays le tiers de sa production de pétrole. |
Le délai pour se placer sous l'amnistie proposée par le gouvernement nigérian aux militants du delta du Niger - créée dans le but de réduire les troubles dans cette région pétrolifère - a commencé à courir le 6 août 2009. Le président Umaru Yar'Adua a offert la grâce inconditionnelle et des versements en argent aux rebelles qui acceptent de déposer les armes et de se présenter dans les centres de démobilisation dans les 60 prochains jours. Le gouvernement espère persuader jusqu'à 10 000 hommes armés, dont les attaques dans les six Etats du delta du Niger ont coûté au pays le tiers de sa production de pétrole.
"Beaucoup de chefs de milices et de miliciens ont laissé entendre qu'ils étaient fatigués de combattre et qu'ils souhaitaient en finir", a souligné Timiebi Koripamo-Agary, porte-parole du comité pour l'amnistie, le 6 août. "Les centres de collecte d'armes sont maintenant ouverts, mais je pense que les gens vont observer ce qui se passe dans les prochains jours avant d'agir." On ignore encore combien de groupes de militants profiteront de l'offre du gouvernement.
Cette année, les sabotages, les opérations de détournement de pétrole et les enlèvements par des gangs criminels et des militants qui disent se battre pour offrir à la population locale une plus grande part de l'argent du pétrole du pays ont durement touché l'économie nigériane. Le gouvernement a réagi avec la mise en œuvre d'une stratégie à deux volets. En mai, l'armée a lancé une offensive terrestre, aérienne et maritime afin de faire sortir les rebelles de leurs camps dans le delta du Niger. Le président Yar'Adua a ensuite annoncé l'amnistie et libéré Henry Okah, le chef présumé du Mouvement pour l'émancipation du delta du Niger (MEND), le groupe le plus actif de ces dernières années.
Okah a accepté l'amnistie après que les accusations de trahison et de trafic d'armes qui pesées sur lui ont été abandonnées. Un autre chef du MEND dans l'Etat de Bayelsa, Ebikabowei Victor Ben, aussi appelé Boyloaf, a également accepté l'amnistie cette semaine. Les responsables du gouvernement promettent aux rebelles qui rendent leurs armes environ 255 livres sterling par mois [300 euros] pour se nourrir et se loger pendant la période de réhabilitation.
En juillet dernier, le MEND a accepté un cessez-le-feu de 60 jours avec le gouvernement, mais on ignore encore s'il prendra part au programme d'amnistie. "Lorsque nous choisirons de déposer les armes, nous le ferons volontairement, en sachant que l'objectif de notre soulèvement - soit l'émancipation du delta du Niger de la négligence et de l'injustice - sera atteint", a indiqué le groupe dans une déclaration cette semaine.
Les analystes estiment que bien que l'amnistie soit un geste positif, le gouvernement n'a pas encore démontré sa volonté de résoudre les problèmes sous-jacents de la région. Un comité désigné par le gouvernement l'an dernier a estimé que les Etats du delta devraient recevoir 25 % des revenus pétroliers du pays, en comparaison avec les 13 % actuels.
"L'idée de l'amnistie est un pas dans la bonne direction, mais il ne semble pas y avoir suffisamment de planification et d'engagement politique derrière tout cela", a observé Richard Moncrieff, directeur de projet pour la branche Afrique de l'Ouest de l'International Crisis Group. "S'il n'y a pas de développements de ce côté, l'amnistie risque de passer pour une mesure adoptée sans réel enthousiasme."
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