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Quand sa banque l'a appelé le 29 mai, Howard Lowenthal a alors compris : "Ils ne parvenaient pas à encaisser le chèque de Barry Tannenbaum", raconte ce comptable sud-africain. "Certes, le profit qu'il me garantissait était élevé, mais je n'avais aucune raison de m'en faire, c'est un ami, un type bien avec une bonne réputation", confie-t-il, s'avouant aujourd'hui "très déçu".
Prêteur de 90 000 euros, il fait partie des victimes de l'homme d'affaires sud-africain Barry Tannenbaum, qui pourrait être l'auteur de la plus grande fraude de l'histoire du pays. Révélée par la presse locale, cette escroquerie porterait sur un montant situé entre 10 et 15 milliards de rands (900 millions à 1,3 milliard d'euros). "Environ 400 personnes ont été lésées, surtout en Afrique du Sud, mais aussi aux Etats-Unis, en Australie et en Europe", affirme Eric Levenstein du cabinet d'avocats Werksmans, qui représente six victimes.
Barry Tannenbaum importait des composants pharmaceutiques de l'étranger avant de les revendre à des fabricants de médicaments génériques locaux, principalement des antirétroviraux destinés à des malades du sida. Au lieu d'emprunter de l'argent aux banques, l'homme âgé de 43 ans faisait appel à des investisseurs privés en leur faisant miroiter, à l'aide - semble-t-il - de deux avocats de Johannesburg, des versements d'intérêts de l'ordre de 15 % à 20 % au bout de trois mois. A la date d'échéance, le prêteur pouvait choisir de récupérer sa somme ou de la réinvestir.
CHAÎNE DE PONZI
Ce fils d'un fondateur d'une grande firme pharmaceutique nationale aurait utilisé le même schéma que le financier américain Bernard Madoff arrêté fin 2008, c'est-à-dire une chaîne de Ponzi fonctionnant selon le principe de "déshabiller Pierre pour habiller Paul". L'argent frais versé par les nouveaux investisseurs servait ainsi à payer les gains des prêteurs les plus anciens. Un magazine sud-africain évoque un cas d'un retour sur investissement de 216 % sur un an.
La société de M. Tannenbaum était bien réelle, mais celui-ci aurait falsifié des commandes des entreprises pharmaceutiques pour les gonfler, et rassurer ses investisseurs sur la viabilité du projet lors de retards de paiement. La bulle spéculative a toutefois fini par éclater il y a quelques semaines quand une majorité de prêteurs, touchés par la crise, a massivement choisi de se désengager.
Des grands noms du milieu d'affaires sud-africain ont été floués. "C'est très préoccupant de constater que leur avidité excessive alimentée par un fort appétit du risque a pris le pas sur leur discernement devant ce montage très douteux", commente Adrian Lackay, porte-parole des services fiscaux sud-africains (SARS). Trois jours après le lancement d'une enquête par les autorités judiciaires et policières du pays, un juge sud-africain a nommé, mercredi 17 juin, trois administrateurs pour gérer les éventuelles saisies d'actifs de M. Tannenbaum.
Depuis Sydney où il réside, celui-ci a nié les accusations qu'il qualifie d'"outrancières", et a argué d'une situation économique difficile pour expliquer ses difficultés de paiement. Les agences de régulation du pays pourraient aussi être mises en cause. Un rapport bancaire sur des mouvements de fonds suspects aurait été rédigé dès 2007.
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