 | Cinquante ans après son accession à l'indépendance, l'Afrique sort de terre. Les économistes s'accordent désormais sur le constat : il se passe quelque chose de nouveau au sud du Sahara. Les dettes diminuent, les finances sont mieux gérées par les nouvelles élites et, surtout, la démographie est en train de tout changer.  |
La baisse constante de la mortalité fait basculer tout un continent vers
la transition démographique. Ce moment si particulier où les naissances
commencent à diminuer mais où la baisse de la mortalité provoque une
explosion de la population. Les Africains étaient 180 millions en 1950,
ils seront 1,8 milliard en 2050. Comme l'Europe au cours du XIX e siècle, l'Afrique se densifie et s'urbanise, étapes indispensables sur le chemin de la croissance économique de long terme. Même la crise économique actuelle n'empêchera pas une croissance estimée en moyenne et sur longue période autour de 5 % par an.
Mais ce chemin n'est pas semé de roses. L'accroissement formidable de sa population génère en parallèle de formidables tensions. Les migrations sont considérables - un quart d'immigrés dans la population ivoirienne -et les conflits pour l'accès aux ressources sont inévitables. L'Afrique n'en a donc pas fini avec l'instabilité politique qui la ronge, du Soudan à la RDC. Et même les vedettes d'aujourd'hui, comme le Ghana, l'Ouganda ou Maurice ne sont pas à l'abri, comme l'a montré le cauchemar rwandais.
Durant de nombreuses décennies, l'économie africaine dansera donc sur un volcan. Cela signifie pour les investisseurs extérieurs que, pour profiter de ce nouveau miracle africain, il faudra miser à l'échelle d'un continent et non d'un pays.
Politiquement et industriellement, l'heure est au panafricanisme, seul moyen de répartir les risques et de soutenir la croissance. C'est ce qu'ont compris quelques rares entreprises françaises, comme CFAO ou Bolloré, mais aussi certains pays, au premier rang desquels la Chine, omniprésente et peu regardante. Elle a au moins l'avantage de débarquer avec des produits adaptés et de donner la priorité aux infrastructures. Elle a l'inconvénient de ne pas éviter les pièges d'un certain colonialisme new-look encourageant la division du travail et la corruption.
Instruite par l'Histoire, l'Europe, et particulièrement la France, a des atouts à jouer, si elle sait éviter les deux écueils naturels entre lesquels elle navigue sans cesse : le clientélisme et l'angélisme. Â
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