Les marchés financiers africains PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Ahmet Fall   
Lundi, 17 Août 2009 23:28
Bourse

 Les marchés financiers de l’Europe Occidentale et de l’Amérique du Nord étant arrivés à maturité et offrant moins de perspective de croissance, les gérants de fonds se sont tournés vers des marchés dits émergents à l’exemple de l’Europe de l’Est et du quatuor BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine). Tout laisse à croire qu’une fois ces places financières arrivées à maturité, les gérants de fonds se tourneront vers les places financières africaines qui restent de par leur structure et leur organisation celles offrant le plus important potentiel de croissance.

L’objectif de cette chronique sera de présenter dans un premier lieu les places financières africaines. Dans un second temps, on s’intéressera à l’avenir des places financières africaines au travers des perspectives et des freins au développement des marchés financiers africains.

 
 Partie 1 : Les places financières africaines

Le continent africain compte environ 20 places financières aux caractéristiques bien différentes. Ces 20 places financières sont :
 
la bourse de Casablanca (CSE) au Maroc ; la bourse de Tunis (TSE) en Tunisie, les bourses du Caire et d’Alexandrie en Égypte (ESE), la bourse du Zimbabwe (ZSE) au Zimbabwe ; la bourse de Nairobi (NSE) au Kenya ; la bourse de Nigeria (NISE) au Nigeria ; la bourse de l’île Maurice (MSE) à l’île Maurice ; la bourse du Botswana (BSE) au Botswana ; la bourse du Ghana (GSE) au Ghana ; la bourse du Swaziland (SSE) au Swaziland ; la bourse de Namibie (NASE) en Namibie ; la bourse de Khartoum (KSE) au Soudan ; la bourse de Lusaka (LUSE) en Zambie ; la bourse du Malawi (MASE) au Malawi ; la bourse tanzanienne (TASE) en Tanzanie ; la bourse 12 d’Ouganda (USE) en Ouganda ; et la bourse de Maputo (MPSE) au Mozambique, le Douala Stock Exchange au Cameroun et le Libreville Stock Exchange au Gabon. De plus, il existe un marché régional (BRVM) à Abidjan pour huit pays de l’Afrique de l’Ouest que sont : le Bénin, le Burkina Faso, la Cote d’Ivoire, la Guinée-Bissau, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo.
Le tableau ci-dessous reprend certaines caractéristiques sur 10 places financières.
 
 

Nombre de sociétés

cotées

Capitalisation boursière

(en Milliards d'USD)

 Ratio de liquidité

(en %)

 Performance

(en 2008)

Casablanca Stock Exchange
 77
 65,6 16,55 -13,40%
 Tunis Stock Exchange 50
 6,34  63 10,65%
 Caire Stock Exchange 595 93,5* 52 -56,47%
 Nairobi Stock Exchange 55 11,1
 7  -3,57%
 Nigeria Stock Exchange 262 47 20 63,3%*
 Botswana Stock Exchange
 31 0,04
 <3,5 -16,50%
 Ghana Stock Exchange 35 2,8 <3,5 58,06%
 Namibie Stock Exchange 40 0,09 <3,5  -36%
 Johannesburg Stock Exchange 389 482,7 44 -25,72%
 BRVM (Zone UEMOA) 38 5,5 <1 -10,40%
   
 Note : toutes les données reprises dans le tableau ne datent pas de 2008 et ne sont pas jugées fiables à 100%, l’information étant indisponible ou payante pour certaines places financières.

Les marchés financiers africains sont des marchés d’actions et d’obligations. Ces marchés financiers ont pour objectif principaux de participer au financement des entreprises en achetant des actions qui sont des titres de propriété ou des obligations qui sont des titres de créances. A noter que le marché de la dette publique ou obligations d’Etat est assez actif sur les places financières africaines.

Présentation de quelques sociétés cotées sur les places financières africaines

La BRVM
La Sonatel est la première capitalisation boursière de la BRVM.
La Sonatel était à l’origine une société publique sénégalaise qui a été privatisée en 1997 et qui est passée sous le giron d’Orange filiale de France Telecom.
La Sonatel offre des services diversifiés sur la téléphonie fixe, le mobile, l’internet et des services aux entreprises. Elle s’est implantée dans certains pays limitrophes du Sénégal comme le Mali et la Guinée Bissau.
La Sonatel a ouvert son capital au public depuis 1998 date de sa cotation à la BRVM.
 
Quelques chiffres clés (en milliards de FCFA)
 
 2004
2005
2006
2007
2008
Chiffre d'Affaires
 252,263 319,680 398,655470,589 529,552
 Bénéfice net
 76,3 116,396 146,617 161,205 156,825
 Investissements 56,93 82,570 110,874 143,911 133,698

 Parc de lignes fixes

(nbre abonnés)

 244 948 266 612 282 573  269 088 238 800

 Parc de lignes mobiles

 (nbre abonnés)

 781 430  1 050 192 2 086 914 2 512 300 3 536 672

 Effectif permanent

(nbre agents)

 1 411 1 955 2 094 2 340 2 418
 
 
Le titre Sonatel a été introduit à environ 22000 FCFA et a clôturé le 14/08/2009 à 110 000 FCFA soit une hausse de 500% sur la période. A fin 2008, la Sonatel avait une capitalisation boursière de 1300 MILLIARDS DE FCFA soit environ 2 milliards d’euros.

Le Casablanca Stock Exchange
 
La plus grosse capitalisation de la bourse de Casablanca est Maroc Telecom qui est une filiale de Vivendi groupe français qui détient Canal+ et SFR.

Maroc Telecom intervient dans la téléphonie mobile, le fixe et l’internet au Maroc, en Mauritanie, au Burkina Faso et au Gabon.
Maroc Telecom est coté à Casablanca et à Paris.
 Quelques chiffres clés (en milliards de dirhams)
 
                                                2008             2007
 
Chiffre d'affaires                      29,5              27,5
 
Résultat Opérationnel             13,9              12,2
 
Résultat net part du Groupe    9,5               8,03
 
Investissements                      6                  5,6
 
 Maroc Telecom a été introduit à la bourse de Casablanca le 13 décembre 2004. Maroc Telecom cotait le 15 décembre 79,90 dirhams à la clôture et valait à la clôture du 13 août 2009 141,80 dirhams soit une hausse de 177% sur la période. Sa capitalisation boursière est de 124 Milliards de dirhams soit environ 10 milliards d’euros de capitalisation boursière.



 Partie 2 : Quels sont les obstacles au développement des places boursières africaines ?

Une instabilité politique
Les places boursières africaines souffrent de l’instabilité politique dans certaines zones qui rendent leur développement problématique. A titre d’exemple, la bourse de Nairobi a été très handicapée en 2008 par les troubles ethniques ayant secoués le pays et la Bourse a même dû être fermée. Les investisseurs étrangers sont très frileux à l’idée d’investir dans des pays instables politiquement.
Au-delà de cette instabilité politique, la plupart des pays concernés appliquent encore un contrôle des capitaux freinant ainsi un afflux de capitaux étrangers. A titre d’exemple, un étranger ne peut détenir la majorité dans une société en Egypte et aucune société étrangère n’est cotée sur la bourse du Caire.
Le Ghana qui est un exemple de démocratie en Afrique ne cesse d’attirer des investissements étrangers et la bourse d’Accra a connu une performance de 58,06% en 2008.

Des marchés peu liquides avec un nombre limité de titres cotés et de faibles capitalisations boursières

Les ratios de liquidité repris dans le tableau plus haut montrent que les marchés africains sont très peu liquides. Alors que ce ratio de liquidité est d’environ 130% sur les places financières de premier rang comme Euronext ou Wall Street, ce coefficient excède rarement 50% pour les places financières africaines. La liquidité traduit la facilité qu’a l’investisseur de se défaire de son titre sans perte de valeur. C’est un facteur pré déterminant pour les investisseurs qui se méfient des titres illiquides. Cette liquidité très faible est à mettre en rapport avec le nombre de sociétés cotées sur ces places financières. Les places de Douala, Alger et Maputo (Mozambique) ne compte que 2 sociétés cotées, 5 pour la bourse de Kampala (Ouganda) et six pour la place de Mbabane au Swaziland et Dar es Salam Stock Exchange en Tanzanie. La BRVM qui est commune à 8 pays de l’Afrique de l’Ouest ne compte que 38 sociétés cotées la plupart ivoiriennes avec en moyenne une société pour les autres pays. Seules quatre places financières comptent plus de 50 sociétés cotées : Tunis, Casablanca, Johannesburg et Le Caire. Seule la place de Johannesburg a droit de citer au niveau international et occupe la 19ème place au classement des bourses mondiales.

Au-delà du peu de sociétés cotées, la performance de certaines places financières est largement dépendante d’un titre. Sur la place du Caire, Orascom représente environ 25% de la capitalisation boursière de la place, Maroc Telecom plus de 20% de la bourse de Casablanca, la Sonatel plus de 33% de l’indice de la BRVM. Raison qui avait poussé le Président Wade à vouloir créer le Dakar Stock Exchange se sentant lésé par la BRVM qui servirait plus les intérêts des sociétés ivoiriennes. Le Douala Stock Exchange est né de la rivalité politique entre le Chef d’Etat Camerounais Paul Biya et son défunt homologue gabonais Omar Bongo. Le résultat est que la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale ne compte aucun titre coté depuis sa création.
Les capitalisations boursières de ces places excède rarement les 10 milliards de dollars qui reste inférieure aux 11 milliards de capitalisation boursière d’Unibail Rodamco l’une des plus petites valeurs du Cac 40 l’indice phare de Paris.

Des handicaps boursiers et économiques


Comme le note Jean Jacques Lehman, Professeur à l’université de Rouen dans son article paru dans la revue La Vie Financière :
« Les handicaps purement boursiers ne doivent pas être négligés : les marchés ne sont ouverts que quelques heures par jour, les plates-formes électroniques ne sont pas harmonisées, les systèmes de règlement-livraison et de compensation manquent de fiabilité, les commissions de Bourse restent trop onéreuses.
 
D'un point de vue économique, les pays africains souffrent d'un climat des affaires qui n'inspire pas totalement confiance et d'un faible taux d'épargne, aggravé par le fait que les investisseurs locaux préfèrent les intérêts aux dividendes. Or le marché obligataire est embryonnaire car l'Etat préfère se financer par des bons du Trésor. En outre, les résidents les plus fortunés qui souhaitent acquérir des actions le font sur les marchés occidentaux, plus sûrs et plus rémunérateurs. »
 
Il faut noter que le système économique africain est largement dominé par les banques et les entreprises font appel aux banques pour financer leurs investissements alors que la désintermédiation a permis aux entreprises des pays développés de s’adresser directement aux épargnants même si les banques sont toujours présentes dans le montage pour les introductions en bourse, l’émission d’actions ou d’obligations.

 Partie 3 : Des raisons d’espérer

Même si les places financières restent de très petite taille au niveau mondial, certains éléments laissent entrevoir un avenir meilleur.
Alors que les taux de croissance des pays développés excèdent rarement les 3%, le taux de croissance en Afrique est souvent de 2 chiffres et offre de belles perspectives de développement.
 
Les performances des places financières africaines laissent à penser que tôt ou tard les investisseurs internationaux s’intéresseront aux marchés africains. Les hedge funds seront certainement les premiers à s’y intéresser friands qu’ils sont de placements risqués. La relation fondamentale de la finance est le rapport rendement risque. Les investisseurs seront prêts à assumer les risques sur les marchés africains si les performances sont au rendez vous.

La diversification est souvent recherchée par les Asset managers mais cette diversification doit être sectorielle et géographique. Les places financières africaines hormis l’Afrique du Sud sont décorrélées des grandes places financières.
Les price Earning Ratio ou PER sont assez bas en Afrique et dépasse rarement les 10. Le PER traduit le nombre d’années de bénéfices nécessaires à un investisseur pour recouvrer son investissement initial. Cet indicateur est bien la preuve que les marchés africains ne sont pas surévalués ou en situation de bulle comme sur certains marchés asiatiques.

La BRVM qui n’est pas présente sur ce tableau ainsi que la bourse de Casablanca sont électroniques et n’ont pas raté le tournant de la modernité.
L’Afrique est un continent à construire. Les infrastructures routières, les télécommunications, l’accès à l’eau potable et à l’électricité sont autant de chantiers à mener en Afrique nécessitant d’importants moyens. Les sociétés privées ou publiques devront lever des capitaux et pourront faire appel à l’épargne publique via la Bourse pour financer ces travaux.
Les marchés financiers africains sont des marchés d’actions et d’obligations. Cela pourrait expliquer que les places financières africaines n’aient pas été pleinement touchées par la crise sur les marchés occidentaux qui se sont complexifiés avec des dérivés de crédits (CDO, CDS) et des produits optionnels. L’un des enseignements de cette crise est de revenir à des produits plus simples tels que les actions et les obligations.

Les places financières africaines n’ont pas le choix, elles devront s’unir ou périr. L’Union africaine a déjà effectué une étude sur l’intégration des bourses de valeurs mobilières en Afrique et la BRVM est un exemple d’intégration sous régionale.
Les sociétés qui gèrent ces bourses sont des sociétés privées qui sont à la recherche du profit et feront de leur mieux pour optimiser le fonctionnement des bourses et diminuer les coûts de transaction qui restent assez élevés en Afrique.
Le continent africain recèle énormément de matières premières et pourrait profiter de sa situation pour développer ces places financières.

Conclusion

Suite à la conférence de Khartoum de 2006, l’Unité Africaine a mené une étude sur l’intégration des bourses de Valeurs Mobilières en Afrique et a émis un ensemble de recommandations pour une intégration de ces bourses.
Les bourses africaines n’ont pas le choix. Si elles veulent se développer, elles devront s’unir pour pouvoir tirer leur épingle du jeu et atteindre le stade de marchés émergents. L’Unité africaine ne doit pas juste être un concept politique et l’ego des chefs d’Etats africains ne doit pas prendre le dessus sur l’intérêt économique de notre continent. La conférence d’Adis Abeba de 1963 mettait l’UA sur les rails mais on ne peut citer 36 ans après une réalisation économique imputable à l’UA. Cette Unité Africaine doit être politique et économique. L’union fait la force et les bourses africaines devront s’unir ou périr.
 

 Lexique (définitions reprises du site vernimmen.net)
Action : « L'action est une part des capitaux propres de l'entreprise lorsque celle-ci est constituée en société anonyme. Elle constitue donc une source de financement pour l'entreprise, de même que les titres de créance (dettes), dont elle se différencie toutefois nettement.
En effet, elle a une durée de vie illimitée (la sortie ne peut se faire que par cession du titre, il n'y a pas de remboursement prévu contractuellement), et son porteur court le risque total de l'entreprise (il ne perçoit aucun revenu si l'entreprise va mal et en cas de liquidation l'actionnaire passe après le créancier dans la répartition du produit de la vente des actifs, autrement dit la plupart du temps, il ne peut rien récupérer).
En contrepartie, l'action donne droit au bénéfice et à la participation à la gestion de l'entreprise via le droit de vote. »
Obligation : « Une obligation est un titre de créance négociable représentatif d'une fraction d'un emprunt émis par une entreprise, une entité du secteur public ou l'Etat. En tant que créancier d'une entreprise, le porteur d'une obligation ne court pas le risque industriel de celle-ci puisque sa rémunération est contractuelle. Il sera remboursé avant les actionnaires en cas de faillite de l'entreprise. En contrepartie, il ne bénéficie pas des droits sociaux liés à l'action (droit au bénéfice et droit à la gestion de l'entreprise via le droit de vote). »
Bourse : « La bourse est un lieu de rencontre entre l'offre et la demande (généralement d'un produit financier). La bourse est caractérisée par un système organisé de cotation. Elle permet une finance desintermédiée c'est à dire où les agents ayant un excédent de financement investissent directement dans l'entreprise, sans l'intermédiaire du système bancaire. »
Le PER : « Le PER d'une action, ou Price Earning Ratio, est égal au rapport du cours de cette action sur le bénéfice par action. On l'appelle aussi multiple de capitalisation des bénéfices. »

Sources :
Les Bourses des pays africains La Vie Financière N°3299 / Vendredi 29 Aout 2008 / Catégorie : Série de l'été
RAPPORT DE L'ETUDE DE FAISABILITE SUR LA CREATION DE LA BOURSE AFRICAINE DES VALEURS, Département des Affaires, Décembre 2008
Marchés financiers africains 2002-2006, publié par afrology
Sites des bourses fonctionnels


 


           
              
             
               
             
               
            
               
              
              
               
 
 
 
 
 
Mis à jour le Mardi, 18 Août 2009 21:22
 
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