La France en AFRIQUE, cinq siècles de présence : Vérités et Mensonges PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Sidi Abdallah SY   
Lundi, 11 Février 2008 22:04

Les récents événements du TCHAD nous amène cette semaine à livrer à votre attention un passage important du livre de Jean Paul GOUREVITCH intitulé « La France en AFRIQUE, cinq siècles de présence : Vérités et Mensonges ».

A propos des investissements économiques, parlant  des réussites et des échecs, l’auteur écrit :

« La couverture du numéro spécial du magazine Réalités de juin 1949 consacré à l’Afrique noire montre un noir en habit déchiré en train de fabriquer un mur de ciment ; cette image, souligne l’éditorial, est symbolique d’un espoir nouveau pour les Africains comme pour les investisseurs. L’Afrique noire peut devenir le « Far West du siècle de la machine ». et d’ajouter que cette Afrique jusque-là abandonnée aux planteurs, aux instituteurs, aux missionnaires, aux médecins, aux administrateurs recèle des richesses considérables : gisements miniers (étain, zinc, cobalt, manganèse, or, fer, diamant), matières premières exportables (café, coton, bois, cacao) ou transformables (usines de conserve à poissons, huileries, brasseries) et ressources énergétiques illimitées (uranium, pétrole). Le capital humain disponible sur place ne demande pas mieux que d’apprendre et la technologie moderne va transformer les difficiles conditions de vie grâce aux groupes électrogènes, à la climatisation, aux insecticides, à la vaccination, à l’avion… Il faut investir dans cette Afrique qui ne peut guère compter, après la guerre, sur le budget de l’Etat ni sur des emprunts. Si l’Afrique surmonte les deux obstacles à la modernisation que sont la difficulté d’une évolution politique sans bouleversements et un découpage des frontières qui n’a aucun sens économique, elle est bien partie.

 

Treize ans après, l’ouvrage-pamphlet de René Dumont, l’Afrique Noire est mal partie, fait la liste des handicapes de l’Afrique : le climat, la démographie, l’exploitation et la corruption dont l’Europe est largement responsable, l’absence d’une révolution agricole préalable à la révolution industrielle, les abus de la bureaucratie et la faible énergie des élites. Pour René Dumont, c’est la prédominance du capital commercial sur le capital industriel, « prolongement abusif de l’économie de traite », qui constitue l’obstacle premier au développement de l’économie africaine.

 

Cette maladie infantile de l’Afrique qui, dès son accès à l’indépendance, balbutie son économie est-elle le produit d’indépendances mal gérées, d’un héritage mal transmis ou de virus que les Européens n’ont pas su ou pas voulu combattre ?

 

Le Fides

 

La IV° République a créé le Fides pour accélérer l’équipement, l’industrialisation de ces territoires et  développer leurs ressources humaines par l’enseignement et l’amélioration du système de santé. Les séries de timbres de 1956 vulgarisent ces « réussites » :

 

En AOF, culture du palmier-dattier en Mauritanie, pont sur le Milo en Guinée, chemin de fer de Haute-Volta, travaux d’hydraulique au Niger, port de Richard-Toll au Sénégal, barrage de Sansanding au Soudan, raffinerie d’huile de palme à Avrankou au Dahomey, route d’Abidjan à Abengourou en Côte d’ivoire. L’AEF, plus limitée, peut s’enorgueillir de quatre fleurons : les chutes et  l’usine de Baol en Oubangui-Chari, la production cotonnière au Tchad, l’hôpital de Brazzaville et le port de Libreville.

 

Au-delà de cette énumération avec ses classifications obligées – une réalisation par pays dans chaque ensemble -, la production philatélique traduit le passage d’images traditionnelles de l’Afrique (animaux, danses, types, métiers) à des projets de développement, le tout encadré par de grandes figures vénérées par la République : Brazza, Eboué, Faidherbe. Les pays qui ont leur propre émission ne sont pas en reste.

 

Le Cameroun expose le développement rural, le pont sur le Wouri à Douala, l’enseignement technique et les groupes mobiles de prophylaxie ;  le Togo exalte l’enseignement rural. Madagascar met en images la cité Béry-Rose à Tamatave, le lycée Gallieni à Tananarive, le canal des Pandanales et l’hydraulique rizicole.

 

L’objectif est d’informer sur la modernisation du continent et d’insérer l’Afrique dans l’économie de marché en développant une production reposant soit sur un réseau de petits producteurs (Fruits, cacao), soit sur des organismes nationaux (coton). Mais, par nature, les pays tendent à développer la production qu’ils connaissent plutôt qu’à la diversifier, devenant ainsi dépendants d’une monoculture soumise à la concurrence et aux aléas des marchés mondiaux.

 

 

Bilan des investissements

 

Quel est le bilan du Fides à la fin de la période coloniale ? Entre 1949 et 1955, 1 340 milliards de francs ont été investis dans la France d’outre-mer. Si on ajoute les prêts de la Caisse centrale de la France d’outre-mer et ceux de banques privées, on arrive à un total de 8% des investissements de la France consacrés à l’outre-mer.

 

Parmi ces investissements, 46% des sommes investies dans le Premier plan quadriennal sont consacrées aux infrastructures. Ajoutons que le budget national supporte les dépenses non productives du fonctionnement de l’administration, des transports, des communications. Cela crée l’habitude de voir la métropole investir, combler les déficits budgétaires, soutenir les matières premières (café, cacao, coton, arachide), qui sont déjà protégées par la barrière de la zone franc. On peut, comme le fait René Dumont, critiquer certains des choix techniques (port de Majunga, liaison Centrafrique-Tchad). On peut aussi regretter que le choix de certains modèles hauts de gamme (port de Lomé, Lycée de Tamatave, école primaire avec logement de moniteur intégré), qui mettent les équipements produits au niveau de ceux de la métropole, entraîne une désaffection vis-à-vis de réalisations par les Africains d’équipements modestes. On peut surtout regretter que la population locale n’ait été que peu mise à contribution. »

 

A votre réflexion. Le débat est ouvert….

 
 
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