Crise financière : le plaidoyer de l’Afrique à la Conférence de Doha PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Patrice ITOUA   
Mercredi, 11 Février 2009 08:07

Si la Réunion du G20 de Washington, suite à la crise financière internationale, avait mis l’Afrique à l’écart, la Conférence de Doha, au Qatar, du 29 novembre au 2 décembre 2008, sur le financement du développement, a elle, réuni la quasi-totalité des pays de la planète. Ont participé à cette conférence plusieurs chefs d’Etats, de gouvernement, ministres, 250 représentants de la société civile, les représentants des institutions financières internationales, etc. L’Afrique a fait entendre sa voix pour que toute décision de la gouvernance mondiale soit désormais prise avec sa participation.

 

La Conférence de Doha a été convoquée pour faire le bilan du Consensus de Monterrey, d’où son nom : Conférence internationale de suivi sur le financement du développement. Rappelons que le processus sur le financement du développement commence avec les principes d’efficacité de l’aide : le Rapport du Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques – OCDE –  (1996), les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) des Nations Unies (2000), le Consensus de Monterrey (2002), la déclaration de Rome (2003), le Mémorandum de Marrakech (2004), la déclaration de Paris (2005) et la Conférence d’Accra (septembre 2008).

 

Dans cet article, nous avons voulu reproduire les interventions des représentants africains[1] à la Conférence internationale de suivi sur le financement du développement pour permettre aux populations africaines d’en prendre connaissance. Cette conférence a été organisée autour de tables rondes dont chacune avait un thème précis.

 

La crise financière rend plus urgente encore l’amélioration de l’aide

 

M. Jean PING, Président de la Commission de l’Union africaine, a expliqué que la crise systémique actuelle fragilisait à une vitesse dévastatrice les économies en développement.  Les pays pauvres ont vu comment les pays développés ont riposté aux impacts de la crise financière, a-t-il ajouté.  « Nous avons admiré les mesures extraordinaires prises au niveau des États, les plans de sauvetage, les quasi-renationalisations de certains établissements bancaires, ou encore la réunion d’urgence du Sommet du G-20 à Washington ».  La réactivité devant l’ampleur de la crise de confiance qui a frappé le monde développé quant à son système économique a été impressionnante, a encore dit M. PING.  Il a toutefois exprimé sa crainte que le monde développé n’utilise l’argument de la crise financière pour réduire encore son volume d’aide publique au développement (APD) vers les pays en développement, pour qui l’atteinte des OMD pourrait devenir une chimère.  Dans le contexte actuel, si les pays en développement accusent une baisse de seulement 1 % de leur croissance, ce ne sont pas moins de 20 millions de personnes qui basculeront à court terme dans la pauvreté, a lancé M. PING.  Il a précisé que l’Afrique, tributaire de la volatilité des prix des matières premières, subissait plus que les autres continents la baisse de la demande de ces matières, entraînant une baisse du revenu national et des capacités d’investissement car l’essentiel des recettes provient des exportations.  M. PING a exhorté les pays à conclure le plus rapidement possible le Cycle des négociations commerciales de Doha, comme le souhaite le Président de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), M. Pascal LAMY, pour permettre « enfin » l’accès au marché des produits des pays en développement. 

Les subventions agricoles, notamment, qui protègent les riches doivent être levées et les pays développés ne doivent pas se servir du prétexte de la crise pour réduire leur part des budgets consacrés à l’APD, a encore déclaré M. PING. Sur ce dernier point, il a rappelé que depuis 1970, après chaque crise financière qui a touché les pays donateurs, l’APD avait diminué, laissant l’Afrique presque livrée à elle-même.  

Le représentant du Soudan a emboîté le pas de son homologue tchadien en disant que les répercussions de la crise sur les flux financiers allaient pousser les pays africains à mieux s’organiser, à utiliser efficacement ce qu’ils recevront.  Les pays donateurs doivent toutefois honorer leurs engagements pour empêcher un véritable désastre à court terme, a-t-il ajouté, déclarant que l’Afrique n’avait pas besoin de compassion mais d’actions concrètes.  Une représentante de la société civile a, elle aussi plaidé pour la taxation des devises internationales afin de rendre l’impôt solidaire à l’échelle mondiale. 

 

 

La transparence et la bonne gouvernance pour maintenir la confiance des investisseurs privés dans les pays en développement

 

Au cours de la table ronde que présidait le Président de la République du Congo, M. Denis SASSOU NGUESSO, sur la transparence et la bonne gouvernance pour maintenir la confiance des investisseurs privés dans les pays en développement, Etats Membres et experts ont tenté d’identifier les défis et les solutions possibles pour maintenir le rythme soutenu d’investissements privés dans les pays en développement.

Le président congolais a estimé, de son côté, que l’absence d’infrastructures de base en Afrique constituait un frein sérieux au développement.  Le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD), qui est pourtant salué par la communauté internationale, n’est pas exécuté et souffre gravement d’une absence de financements, a-t-il déclaré.

Il a par ailleurs souligné l’importance de la question des changements climatiques, rappelant que le bassin du Congo était le deuxième poumon économique de la planète.  Un programme de gestion durable de l’écosystème des forêts du bassin du Congo a été mis en œuvre, a-t-il expliqué, ajoutant qu’un fonds fiduciaire ouvert à tous les donateurs avait été créé à Londres en juin 2008, et dont la gestion était confiée à la Banque africaine de développement (BAD).

 

La mobilisation des ressources internationales pour le développement : investissements directs étrangers et autres apports de capitaux privés

 

M. Trevor MANUEL, Ministre des finances de l’Afrique du Sud, a affirmé que le continent africain avait été contraint de prendre un certain nombre de décisions difficiles pour lancer les réformes, en particulier macroéconomiques, qui ont été nécessaires à la forte période de croissance pendant près d’une décennie.  Néanmoins, aujourd’hui, l’Afrique est confrontée à une crise financière dans les pays développés qui menace d’effacer les gains et les acquis obtenus en vue de réaliser les OMD. Cette crise financière pourrait se traduire par une récession mondiale, une dépression, c’est-à-dire, a-t-il précisé, lorsque les gens ont peur d’acheter et que des millions d’emplois sont perdus.  Les acteurs internationaux, a-t-il dit, doivent veiller à ne pas multiplier des actions qui produiraient les résultats les pires possibles.  Il a envisagé la possibilité qu’au cours des 12 à 18 mois prochains l’on constate un inversement de tendance des flux d’investissements étrangers vers le monde en développement et un ralentissement du développement.

Le représentant du Soudan a estimé que la Conférence de Doha aurait dû exprimer un esprit de partenariat entre les pays riches et les pays en développement, partenariat qui ne s’est pas reflété, a-t-il regretté, en raison de l’absence des premiers.

La déléguée du Sénégal a notamment affirmé qu’il était urgent que la communauté internationale s’attache à améliorer la prévisibilité des ressources à moyen terme.  Elle s’est en outre interrogée sur le type de cadre qu’il convenait de mettre en place afin de faire face à la volatilité des fonds d’investissements directs.

Son homologue de l’Algérie a expliqué que la crise financière et économique actuelle pourrait entraîner, pour l’Afrique, une baisse des revenus d’exportation, une diminution des envois de capitaux par la diaspora africaine, une chute des revenus touristiques, un assèchement des crédits commerciaux et une réduction des investissements privés.  L’aide publique au développement doit être augmentée, a-t-il insisté avant de conclure.

 

La mobilisation des ressources financières nationales, notamment les recettes fiscales, est cruciale pour réaliser le développement durable

 

Les participants à cette table ronde de la Conférence de Doha, organisée en marge de la plénière, sur la mobilisation des ressources financières nationales pour le développement, ont souligné l’importance des recettes fiscales pour aider les pays en développement à soutenir la croissance économique et leur permettre de prendre en main leur propre destinée. 

Les panélistes et les États Membres, qui ont pris la parole dans le cadre d’un échange de vues, ont ainsi préconisé que l’aide publique au développement accompagne la mise en place de systèmes et règlements fiscaux efficaces et transparents, pour que la hausse des revenus tirés des politiques d’imposition contribue à la modernisation des pays en développement et les moins avancés.

Des intervenants ont estimé que les impôts étaient au cœur du contrat social, et qu’en instaurant une relation de confiance entre les gouvernements et les citoyens, ils jouaient un rôle central dans l’émergence de la gouvernance démocratique et du renforcement des économies formelles.  Affirmant que les citoyens étaient prêts à payer leurs impôts dès lors qu’ils perçoivent les bénéfices de ce qui doit être pour eux un investissement dans l’essor des sociétés, ils ont unanimement demandé l’accroissement des moyens de combattre toutes les formes de fraude fiscale, y compris la circulation des flux financiers illégaux.

La Ministre adjointe chargée de la coopération internationale de l’Égypte, se référant au projet de document final de la Conférence, a souhaité qu’un consensus soit trouvé concernant le mode de renforcement du Comité d’experts de la coopération internationale en matière fiscale des Nations Unies.  Elle a indiqué que son pays était d’avis que le Comité doit être transformé en un organe intergouvernemental de l’ONU, afin d’intensifier la promotion de la coopération internationale en matière fiscale. Ce qu’il faut, a-t-elle dit, c’est que le système multilatéral donne au pays démunis les moyens de se doter des infrastructures institutionnelles adaptées à la mobilisation des ressources nationales, et de lutter contre toutes les fraudes fiscales. 

 

La mobilisation des ressources financières nationales pour le développement

 

M. Assane DIOP, Directeur exécutif, Secteur de la protection sociale de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a déclaré que pour répondre aux implications de la crise financière sur le financement du développement, il faudrait agir de façon concertée à l’échelle internationale pour prévenir la récession et bâtir un nouveau cadre d’action multilatérale.  La crise financière a de graves répercussions sur l’économie réelle, la vie des travailleurs et des familles, a-t-il souligné. 

Il est à craindre, selon l’OIT, que la crise ne crée 20 millions de chômeurs supplémentaires d’ici à fin 2009 et que le nombre de personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, soit avec 2 dollars par jour, ne s’accroisse de 100 millions, a-t-il ajouté.  M. DIOP a ensuite énuméré les mesures urgentes envisagées par l’OIT pour protéger les populations, appuyer les entreprises et sauvegarder les emplois.  Il a notamment estimé qu’il faudrait assurer la fluidité du crédit et stimuler la demande par l’investissement, renforcer la protection sociale en se concentrant sur les travailleurs précaires, encourager la création d’emplois « verts », veiller aux droits fondamentaux du travail, renforcer la coopération entre l’OIT et le système multilatéral, et maintenir l’APD et fournir un appui supplémentaire aux pays à bas revenus.  

M. DIOP a attiré l’attention sur le travail décent en tant qu’élément moteur du développement durable, soulignant l’interdépendance entre l’économique et le social.  En effet, a-t-il précisé, la création d’emplois décents crée un développement durable et stimule la croissance et l’épargne, et l’augmentation des revenus permet aux gouvernements d’élargir leur base d’imposition pour renforcer l’offre de services publics.  La Conférence de Doha nous donne l’occasion de repenser le développement en recherchant une voie intégrée où les avancées en matière sociale et environnementale se conjugueraient à l’économie de marché pour déboucher sur une croissance durable et non pas sur des bulles financières alimentées par la spéculation, a affirmé le panéliste. 

Pour M. DIOP, l’urgence est de réduire l’extrême pauvreté en mettant en place un régime de prestations sociales de base, prévoyant notamment un revenu d’appoint aux familles, un système universel de santé ou encore une aide aux chômeurs, surtout dans les zones rurales.  Selon les calculs de l’OIT, le coût de cet ensemble de prestations représenterait entre 2 et 4 % du PIB et pourrait être supporté par le budget des pays dont certains font partie des moins développés, a-t-il estimé.  M. Diop a également préconisé de mettre les investissements directs étrangers au service d’un mode de développement axé sur la promotion du plein emploi et du travail décent.  Pour soutenir cet effort, il a indiqué que l’APD, complément essentiel des ressources nationales, devrait être fournie en tenant compte des priorités des pays destinataires et leur obligation de rendre des comptes aux donateurs.  Tout progrès dans ce domaine passe, comme nous l’enseigne le Consensus de Monterrey ; par une responsabilisation mutuelle et par l’établissement de conditionnalités fondées sur les résultats obtenus, a encore dit M. DIOP. 

 

Pour sa part, la Ministre adjointe chargée de la coopération internationale de l’Égypte, se référant au projet de document final de la Conférence, a souhaité qu’un consensus soit trouvé quant au renforcement du Comité d’experts de la coopération internationale en matière fiscale des Nations Unies.  Elle a indiqué que son pays était d’avis que le Comité doit être transformé en un organe intergouvernemental de l’ONU en vue, notamment, d’intensifier la promotion de la coopération internationale en matière fiscale.  Ce qu’il faut, a-t-elle dit, c’est que le système multilatéral donne au pays démunis les moyens de mettre sur pied des infrastructures institutionnelles adaptées à la mobilisation des ressources nationales, et de lutter contre toutes les fraudes fiscales. 

 

 

Le commerce international comme moteur de développement

 

Le 30 novembre, les panélistes d’une table ronde sur le commerce international comme moteur du développement ont souligné, qu’il était urgent, face à la crise financière, de conclure le Cycle des négociations commerciales de Doha de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), qui a démarré en 2001 et se trouve actuellement dans l’impasse.

Le commerce, ont-ils estimé, constitue un des plus puissants outils de développement, permettant d’augmenter la croissance des pays, et, par conséquent, de réduire la pauvreté.  À cet égard, ils ont jugé que les échanges commerciaux étaient les plus importantes sources de financement du développement.  Toutefois, ils se sont inquiétés du ralentissement économique actuel et de son impact sur les perspectives commerciales à l’échelle mondiale, en raison principalement d’une baisse de la demande et donc des exportations. 

Pour prévenir les graves conséquences d’une telle situation, dont la tentation d’adopter des mesures protectionnistes, les panélistes ont ainsi insisté sur la nécessité de conclure au plus tôt le Cycle de Doha, afin d’intégrer davantage de pays à l’économie mondiale et de forger un système commercial international plus juste, ouvert et transparent.  Le résultat du Cycle de Doha devrait préserver l’esprit dans lequel il a été lancé, ont-ils ajouté, faisant référence à la nécessité de tenir compte des besoins et intérêts des pays en développement, afin que le commerce soit un véritable moteur de développement.

 

M. Abdoulie JANNEH, Secrétaire exécutive de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (CEA), a indiqué que l’Afrique n’avait pas pu tirer parti des bénéfices du commerce en faveur du développement.  Il a rappelé qu’en 2007 et, en dépit d’une augmentation des prix des produits de base, la part de l’Afrique dans le commerce mondial était négligeable, représentant moins de 3 %.  Il a attribué cette faible performance à des contraintes liées à l’offre.  L’Afrique, a-t-il précisé, n’a pas les infrastructures de base, les capacités ou les crédits nécessaires pour produire en plus grande quantité, pour satisfaire les normes internationales ou pour diversifier ses exportations.  À titre d’exemple, il a mis en avant le coût élevé des transports commerciaux en Afrique, rappelant que 15 États de ce continent n’avaient pas accès au littoral.  Il a ainsi plaidé pour un renforcement des capacités de production et des infrastructures liées au commerce.  L’aide pour le commerce, si elle est bien gérée et maîtrisée, peut vraiment aider l’Afrique à surmonter ces contraintes, a-t-il poursuivi.  Tout en réaffirmant l’importance des négociations du Cycle de Doha, il a fait remarquer que l’Afrique n’avait pas aujourd’hui les capacités d’optimiser les avantages de la conclusion de ce Cycle.  Qualifiant l’Initiative « Aide pour le commerce » d’instrument novateur, il a souligné qu’elle pouvait aider le continent à réduire les coûts liés aux exportations et, de ce fait, à augmenter son volume de commerce.  Il a précisé que l’aide pour le commerce devrait venir s’ajouter et non remplacer les autres programmes d’assistance.

 

Mme Valentine SENDANYOYE-RUGWABIZA, Directrice générale adjointe de l’OMC, qui animait cette table ronde, a rappelé que la crise financière actuelle, dont l’épicentre se trouvait dans les pays développés, avait des conséquences pour de nombreux domaines, y compris pour le commerce international.  Mettant en avant le « lien intrinsèque » entre commerce et développement, elle a noté que l’un des objectifs du système commercial multilatéral était de « créer les mêmes règles du jeu pour tous les acteurs ».  Elle a souligné le rôle crucial de l’OMC pour renforcer le lien entre commerce et développement, alors que le système commercial est l’outil le plus puissant de croissance et de réduction de la pauvreté.  Elle a estimé qu’une conclusion réussie du Cycle de négociations commerciales de Doha, actuellement en cours à l’OMC, permettrait de créer de nouvelles opportunités pour augmenter le commerce et rééquilibrer son système en faveur du développement.  Par ailleurs, la Directrice générale adjointe de l’OMC a insisté sur l’importance de l’Initiative « Aide pour le commerce », précisant que celle-ci ne faisait pas partie du cycle de négociations en cours mais le complétait.  Cette Initiative, a-t-elle dit, vise à aider les pays en développement à renforcer leurs capacités d’offre et leurs infrastructures liées au commerce afin que ces États puissent tirer pleinement parti du potentiel des échanges commerciaux.  Le Cycle de Doha a pour objectif de créer davantage d’opportunités commerciales pour un plus grand nombre de pays, a-t-elle précisé, notant la synergie puissante entre l’Initiative et le Cycle de Doha.  Elle a souligné que l’Initiative « Aide pour le commerce » constituait un élément intégral du financement du développement.  À cet égard, elle s’est inquiétée des pressions que subissent les donateurs pour réexaminer ou réduire leurs engagements dans ce domaine.

Pour parvenir à un résultat équilibré pour tous, et face au ralentissement du commerce en raison de la crise financière, les représentants d’États Membres qui ont pris la parole ont demandé une conclusion rapide du Cycle de négociations commerciales de Doha.  Ils ont demandé une véritable volonté politique dans ce sens, tout en insistant sur la nécessité de tenir les promesses de 2001, date à laquelle s’était ouvert le Cycle de Doha, et en plaçant les intérêts des pays en développement au cœur du système commercial multilatéral.  La conclusion du Cycle de Doha permettrait notamment de résister à la tentation protectionniste en intégrant davantage de pays dans l’économie mondiale, ont estimé certains intervenants.  Clôturant la table ronde, Mme SENDANYOYE-RUGWABIZA s’est ralliée à ce point de vue et a souligné l’importance d’aboutir à un résultat équilibré du Cycle de Doha.  Cet aboutissement est indispensable en raison de l’impact négatif de la crise financière actuelle sur le commerce.

 

La dette extérieure : commentaire des résultats de l’Initiative en faveurs des pays pauvres très endettés (PPTE)

 

L’Initiative en faveur des PPTE, lancée conjointement en 1996 par le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, vise à assister les pays les plus pauvres au monde en rendant leurs dettes internationales « soutenables ». Ce programme a connu une révision et une réforme en 1999 (Initiative PPTE renforcée).  La réduction de la dette est normalement fonction des efforts dans la lutte contre la pauvreté des pays concernés.

 

La responsabilité des pays développés et des institutions de Bretton Woods dans la crise financière actuelle a été clairement évoquée, le 1er décembre, à Doha, lors d’une table ronde de la Conférence internationale sur le financement du développement consacrée à la dette extérieure, chapitre V du Consensus de Monterrey.

Si la plupart des intervenants ont diversement commenté les progrès réalisés dans le cadre de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés, tout en s’interrogeant sur les retombées que pourra avoir la crise financière sur l’économie de ces États, la Présidente de l’Initiative pour la mondialisation de l’éthique, Mme Mary ROBINSON, a constaté que les problèmes actuels découlaient d’un « comportement irresponsable » de déréglementation. 

 

Les institutions de Bretton Woods « ne pourront pas échapper à leurs responsabilités », de même que les consommateurs des pays développés qui ont vécu au-dessus de leurs moyens, a ajouté l’ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  « Les pays riches ont le devoir de tendre la main aux pauvres », a souligné, à Mme ROBINSON, le représentant du Bahreïn.

 

Le Directeur général adjoint du Fonds monétaire international, M. Murillo PORTUGAL, qui animait les débats, a mis en avant les avancées significatives enregistrées depuis Monterrey, en particulier dans l’allégement de la dette des pays les plus pauvres.  Trente-trois pays ont atteint le point de décision PPTE, tandis que 23 d’entre eux ont dépassé le point d’achèvement, bénéficiant d’environ 90 milliards de dollars, a-t-il expliqué.

L’allégement de la dette au titre de l’Initiative PPTE a permis de réduire de 4 à 2 % du PIB le poids de la dette des pays bénéficiaires, ce qui permet une augmentation similaire dans des dépenses pour la réduction de la pauvreté, a-t-il précisé, en ouvrant cette table ronde que coprésidaient la Vice-Présidente de la Gambie, Mme Isatou NJIE-SAIDY, et le Directeur général pour la coopération de développement et l’action humanitaire de Catalogne.

 

La réponse à la crise financière ne doit pas se faire au détriment de l’aide au développement

« Si la crise financière d’aujourd’hui est mal gérée, elle sera demain une crise humaine » Ban KI-MOON

 

Depuis Monterrey, « la communauté internationale n’a pas agi avec la diligence voulue », a jugé le Président de l’Assemblée générale, M. Miguel d’ESCOTO BROCKMANN.  Il est impératif, a-t-il dit, que le Document final de la Conférence de suivi soit « aussi ferme et clair que possible ».  M. d’ESCOTO a souligné la nécessité de passer, « avant qu’il ne soit trop tard, d’un développement axé sur le profit à un développement axé sur les populations ».

 

Le Président de l’Assemblée générale et le Secrétaire général ont, comme beaucoup d’autres lors de la première journée, évoqué et commenté le récent Sommet du G-20 sur la crise financière internationale.  Des mesures budgétaires et monétaires et des plans de relance ont été définis à Washington pour tenter de redresser la situation; « c’est encourageant, mais ce n’est pas assez », a ainsi considéré M. Ban KI-MOON.

 

Seul des dirigeants du G-20 à avoir effectué le déplacement à Doha, le Président de la France, M. Nicolas SARKOZI, qui présidait également l’Union européenne, a déclaré que le développement des pays pauvres « ne peut être sacrifié sur l’autel de la crise économique ».  Il a également assuré que l’Europe, qui a versé en 2007 60 % de l’aide publique au développement, soit 61 milliards de dollars, serait en 2015 « au rendez-vous » de l’objectif de 0,7% de son produit intérieur brut (PIB).  « C’est un choix politique et unanime majeur, c’est un choix fondateur », a expliqué M. SARKOZI, qui estime que le développement de l’Afrique « est une priorité absolue» de l’Europe.

 

Redoutant que la crise économique n’émousse les promesses faites par les pays riches, le Président de la République-Unie de Tanzanie, M. Jakaya MRISHO KIKWETE, a lancé au nom de l’Union africaine, un appel aux partenaires pour le développement de l’Afrique pour qu’ils unissent leurs efforts en vue d’honorer leurs engagements.

 

« Les donateurs doivent respecter leurs promesses d’aide», lui a emboîté le pas le Président de la Commission européenne, M. José Manuel BARROSO, rappelant que 1,4 milliard de personnes dans le monde vivaient avec moins de 1 dollar par jour.  Il est, a-t-il dit, « nécessaire de maintenir l’engagement en vue d’atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement et d’autres objectifs ».

 

La mise en œuvre du Consensus de Monterrey

 

M. Jakaya MRISHO KIKWETE, Président de la République-Unie de Tanzanie, qui s’exprimait au nom de l’Union africaine, a assuré que l’Afrique avait toujours accordé une grande importance au Consensus de Monterrey. Le continent a fait des progrès notables, en particulier en matière de bonne gouvernance, de primauté du droit et de mobilisation des ressources financières nationales.  Les ressources nationales pour financer le développement et obtenir une croissance accélérée susceptible d’éliminer la pauvreté sont encore insuffisantes, a-t-il dit.  Le défi est de savoir comment attirer davantage d’investissements directs étrangers (IDE) dans des secteurs autres que les industries extractives.  L’Afrique continue de se heurter à des contraintes d’accès aux marchés, a-t-il également souligné, notant que l’enlisement du Cycle de négociations commerciales de Doha nuisait au développement des pays africains.  Il est essentiel que les négociations reprennent dès que possible, a-t-il affirmé. 

Le Président tanzanien a lancé un appel aux partenaires pour le développement de l’Afrique pour qu’ils unissent leurs efforts en vue d’honorer leurs engagements.  Il a mis l’accent sur la nécessité d’une représentation africaine plus importante dans les institutions internationales.  Le Président tanzanien a, en outre, estimé que les efforts en vue de trouver des solutions à la crise financière mondiale devraient intégrer tous les pays.  L’Afrique, a-t-il dit, devrait participer aux discussions et au processus.  Il a en outre souligné la nécessité de procéder à une réforme de l’architecture financière internationale et a plaidé en faveur d’une représentation plus importante de l’Afrique au sein des organes décideurs de la Banque mondiale, du FMI et de l’OMC.  L’Afrique doit disposer d’un siège permanent au Conseil de sécurité, a-t-il ajouté.

 

M. Trevor MANUEL, Ministre des finances de l’Afrique du Sud et Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Conférence, a déclaré que les engagements « visionnaires » pris à Monterrey étaient toujours pertinents parce qu’ils étaient basés sur un esprit de coopération.  Il a toutefois indiqué que ces engagements étaient actuellement mis à l’épreuve, alors que les mécanismes mondiaux ayant jusqu’alors permis des progrès subissaient de lourdes pressions.  Il a estimé que la réalité d’une récession mondiale exigeait des actions décisives et rapides afin d’éviter de balayer la croissance connue dans la majorité du monde en développement ces dernières années. 

Appelant aussi à une action concertée qui permettrait de refléter la réalité, l’Envoyé spécial s’est dit préoccupé par l’absence d’un sentiment d’urgence dans les négociations relatives au projet de document final de la Conférence de Doha.  Il a estimé que ce projet de texte ne prenait pas en compte les réalités actuelles dans le monde.  Il a ajouté que le monde porterait un jugement négatif sur les dirigeants diplomatiques et politiques si « au moment où l’on nous demande de s’unir dans une solidarité mondiale, nous sommes incapables de surmonter nos différences mineures ».  L’Envoyé spécial a souligné que la Conférence devrait contribuer à ce que la communauté internationale progresse vers le changement qui est aujourd’hui nécessaire.  Dans cette perspective, il a insisté sur la nécessité de parvenir à un compromis et de s’engager véritablement en faveur de la tâche à exécuter.  Il a également mis l’accent sur l’importance, pour toutes les parties impliquées dans cette négociation, de trouver des solutions réalistes et ayant un impact pour le monde dans son ensemble.  De telles solutions, a-t-il précisé, exigent de regarder en face le G-8 tout comme le Groupe des 77 et de la Chine.  « Nous ne pouvons laisser cette Conférence se conclure sur un échec », a-t-il plaidé. 

 

Les autres déclarations des chefs d’Etat et de gouvernement à la Conférence

 

M. Laurent GBAGBO, Président de la Côte d’Ivoire, a soutenu que les résultats en termes de flux d’aide et surtout de son ciblage étaient loin d’être satisfaisants.  Il a souligné que les efforts consentis pour alléger la dette et pour fournir une assistance humanitaire ne s’étaient pas traduits par un accroissement des ressources en faveur du financement du développement.  Pour l’Afrique, il a fait remarquer que l’APD n’avait pas vraiment changé depuis 2004 et délaissait les secteurs productifs porteurs de croissance et de développement durable.  S’inquiétant du respect des engagements pris en matière d’assistance à l’heure de la crise financière internationale, le Président de la Côte d’Ivoire a demandé la mise sur pied d’une banque d’investissement du Sud, afin que les pays qui y participent tiennent eux-mêmes les rênes de leur développement.  Après avoir noté la persistance du problème de la dette en Afrique, il a aussi insisté sur l’importance d’y augmenter le commerce, alors que ce continent ne représente qu’une part faible des échanges internationaux.  De l’avis de M. GBAGBO, ces efforts doivent passer par la diversification de la production africaine, grâce à l’appui des partenaires et à un accès amélioré aux marchés des pays développés.  Il a mis en avant la nécessité de réformer les institutions financières internationales, en prenant mieux en compte les besoins des pays en développement. 

 

M. Ahmed Abdallah Mohamed SAMBI, Président de l’Union des Comores, a déclaré que si la récession frappe aujourd’hui de plein fouet les pays les plus nantis, on peut imaginer la situation des pays en développement comme l’Union des Comores, petit État insulaire en développement, en situation postconflit, et qui voit désormais ses efforts pour réduire la pauvreté et réaliser les Objectifs du Millénaire pour le développement largement compromis.  Il a toutefois estimé que la période actuelle, pleine de nouveaux défis, était porteuse de promesses si les pays ont le courage de prendre des décisions qui pourraient changer le cours de l’histoire et faire de la pauvreté une histoire ancienne.  Il a ainsi souligné que l’engagement de la communauté internationale en faveur du développement avait démontré ces dernières années que la pauvreté peut et doit être vaincue dans le cadre de la réalisation des OMD et en s’appuyant sur le Consensus de Monterrey, point de départ d’un nouveau partenariat entre pays riches et pays pauvres.  M. SAMBI a ajouté qu’il était nécessaire de parvenir à la « moralisation du commerce mondial » pour permettre aux pays africains de donner les moyens à l’Afrique de lutter à armes égales face aux subventions injustes et aux tarifs douaniers prohibitifs, par le biais d’une représentation plus équitable au sein du FMI, de la Banque mondiale et du G-20. 

 

M. Blaise COMPAORE, Président du Burkina Faso, a déclaré que la pauvreté dans les pays en développement, aggravée par la baisse de l’aide publique au développement persiste en dépit des engagements pris.  Il a regretté que les pays développés continuent à accorder des subventions à leur secteur agricole au moment même où l’agriculture des pays en développement manque cruellement de financement.  Estimant que ce paradoxe était très significatif pour son pays, producteur de coton, il a demandé des ressources additionnelles pour améliorer la performance de l’agriculture dans les pays en développement et une suppression des subventions.  De l’avis du Président burkinabé, l’État et le secteur privé ne parviendront pas à eux seuls à instaurer une croissance soutenue, et les engagements en matière d’aide publique au développement doivent donc être respectés.  Il a insisté sur l’importance d’un partenariat mondial efficace ainsi que sur la nécessité d’augmenter non seulement les volumes d’aide mais aussi la qualité de cette aide, conformément à la Déclaration de Paris.  Le Président du Burkina Faso a aussi souhaité un réajustement des mécanismes de fonctionnement du système financier international et a demandé que l’Afrique y soit pleinement associée. 

 

M. Mwai KIBAKI, Président du Kenya, a souligné la nécessité d’une refonte de l’architecture financière internationale, incluant les pays en développement dans les institutions financières internationales.  Il a estimé que ce changement était essentiel pour renforcer la légitimité et l’efficacité de ces institutions.  Les politiques économiques menées par les pays riches ne devraient plus avoir de répercussions néfastes sur le développement des pays les plus démunis face à la convergence de crises de plus en plus complexes, a-t-il également estimé.  Pour le Président kényan, les pays développés doivent réaffirmer leur volonté politique de mener à bien les négociations conduites dans le cadre du Cycle des négociations commerciales de Doha, en tenant compte des mandats contenus dans la Déclaration ministérielle de Doha et celle de Hong-kong demandant l’intégration et la participation des pays en développement dans le système commercial multilatéral.  Il a conclu en indiquant que, même si les pays en développement s’attachaient à explorer de nouveaux mécanismes de mobilisation des ressources, ils avaient encore besoin de l’appui des partenaires de développement pour réussir leur modernisation. 

 

M. Pierre NKURUNZIZA, Président du Burundi, a déclaré qu’après plus de 10 ans de guerre civile, son pays avait posé les jalons pour la paix, la stabilité et la concorde.  Il a indiqué que son gouvernement avait pris des mesures salutaires de promotion de l’éducation, de l’agriculture, la gratuité des soins de santé pour les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.  Il a ajouté que la conjoncture économique mondiale commandait à tous les États de renforcer leurs relations de coopération et de solidarité afin d’instaurer un ordre économique juste et équilibré, permettant de mettre en place un partenariat réel entre pays en développement et pays avancés et de renforcer ainsi la sécurité et la stabilité dans le monde.  Le Président burundais s’est ensuite dit convaincu que, face au fossé numérique croissant entre pays industrialisés et en développement, il était nécessaire de prendre des mesures qui s’imposent pour permettre à tous les États de se mettre au diapason des progrès technologiques et de tirer économiquement profits des progrès informatiques.  Il a ainsi appelé au renforcement de la coopération internationale dans les domaines commerciaux et financiers ainsi que dans les secteurs touchant à l’environnement. 

 

M. Alhaji Yahya Abdul-Azziz Jemus Junkung JAMMEH, Président de la Gambie, a déclaré qu’une croissance durable et soutenue était une condition incontournable pour réduire la pauvreté.  Il a ajouté que les récents développements dans la sphère économique posaient toutefois des défis et des contraintes de rigueur en vue de la réalisation des OMD.  Il a fait savoir qu’en réponse à la conjonction des crises financière, énergétique et alimentaire, il faudrait stabiliser le système financier et se concentrer sur le redressement des services publics de base.  Il a ensuite souligné que dans un contexte d’interdépendance économique, aucun pays ne pouvait plus agir isolément sans affecter son voisin proche ou lointain.  Le Président gambien a signalé que pour éviter que 100 millions de pauvres se retrouvent sous le seuil de pauvreté, il faudrait à la fois intensifier la mobilisation des ressources nationales et l’aide internationale en faveur du développement.  Après avoir salué l’avènement de nouveaux donateurs bilatéraux, il a souhaité que la reprise des négociations dans le cadre du Cycle de Doha soit couronnée de succès et ouvre de nouvelles perspectives d’emploi et de croissance dans le monde en développement. 

 

M. Bingu wa MUTHARIKA, Président du Malawi, a affirmé que bien que les pays industrialisés aient promis d’accorder des ressources financières en vue de stimuler la croissance et de réduire la pauvreté en Afrique, peu, voire aucun progrès n’a été réalisé dans cette voie.  L’Afrique reste confrontée à des problèmes considérables d’accès aux marchés des pays développés, a-t-il dit.  Le Président du Malawi s’est également dit préoccupé par le fait que la notion de développement du Cycle de négociations commerciales de Doha soit restée lettre morte et que le flux d’investissements étrangers directs vers l’Afrique soit insuffisant pour améliorer le transfert de technologie ainsi que l’architecture financière internationale afin de protéger les pays africains de la crise financière.  Le Président du Malawi a en outre déploré la réduction du financement de l’agriculture africaine par la Banque mondiale et d’autres institutions multilatérales et bilatérales de financement du développement, au cours des 30 à 40 dernières années.  Le Président du Malawi a appelé les pays donateurs à accroître de manière significative leur aide et leurs investissements pour financer l’agriculture, la production alimentaire, l’irrigation et l’alimentation en eau.  Il a également invité les pays développés à comprendre les raisons pour lesquelles les agriculteurs africains peuvent légitimement bénéficier, eux aussi, de subventions.  

 

M. Thomas Yayi BONI, Président du Bénin, a déclaré que la crise financière démontrait plus que jamais l’ampleur des défis auxquels sont confrontés les pays en développement, alors que six ans après l’adoption du Consensus de Monterrey, le bilan demeurait mitigé quant à la réalisation des engagements pris en 2002.  Il a jugé essentiel d’intensifier la coopération internationale dans le domaine de la lutte contre la fuite des capitaux et l’évasion fiscale et a souhaité, à cet égard, le renforcement du Comité des experts des Nations Unies en matière de taxes.  Affirmant que le Bénin avait réussi à augmenter ses ressources intérieures de 9 % par an, en moyenne, au cours des sept dernières années, le Président béninois a toutefois estimé qu’il serait difficile pour le pays de mobiliser les ressources nécessaires à son Plan national de développement, surtout en ces temps de crise, et a donc insisté sur l’importance pour les pays riches de respecter leurs engagements de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide publique au développement. Il a aussi appelé les pays développés à mettre fin aux subventions qui créent des distorsions dans le commerce international.  Enfin, il a souhaité voir les pays pauvres participer, aux côtés des pays riches, à la transformation de l’architecture financière internationale, afin qu’elle tienne compte de leurs aspirations. 

 

M. Idriss DÉBY ITNO, Président du Tchad, a déclaré que la crise financière internationale avait des conséquences préjudiciables sur la mise en œuvre du Consensus de Monterrey, notamment en ce qui concerne l’aide publique au développement, le commerce et la dette.  Tout en reconnaissant la ferme détermination de la communauté internationale, il a constaté que les conflits locaux, sous-régionaux et régionaux en Afrique entravaient les efforts et réduisaient la portée des actions entreprises.  La restauration et la consolidation de la paix dans ces régions demeurent des conditions nécessaires à la réalisation des OMD, a-t-il affirmé.  Son pays consacre l’essentiel de ses ressources aux infrastructures de base mais cela reste en deçà des besoins, a-t-il indiqué, en soulignant qu’une aide extérieure était donc indispensable pour relever les défis de la pauvreté et de la croissance.  Le Président a rappelé que la crise du Darfour avait provoqué un déplacement massif de population vers le Tchad qui accueille sur son territoire 290 000 réfugiés soudanais, 60 000 autres de la République centrafricaine, auxquels s’ajoutent 180 000 déplacés tchadiens.  Par ailleurs, il a souligné l’importance de raffermir l’élan de solidarité et le partenariat mondial né du Consensus de Monterrey.

 

M. Bethuel Pakalitha MOSISILI, Premier Ministre du Lesotho, a exhorté les pays développés à respecter les engagements pris en 2002, considérant que la mise en œuvre du Consensus de Monterrey était dans son ensemble « médiocre ».  Il leur a demandé d’aligner les programmes d’aide aux priorités nationales de développement du pays bénéficiaire et d’harmoniser les mécanismes de fourniture de l’aide tout en rendant celle-ci plus prévisible.  De plus, il a souhaité que les flux privés de capitaux ne se concentrent pas sur un petit groupe de pays en développement à croissance rapide et encouragent le développement économique plutôt que les activités spéculatives.  M. MOSISILI a aussi suggéré de tenir une « véritable discussion sur les moyens de régler le problème de la dette extérieure ».  Soulignant les limites de l’Initiative en faveur des PPTE, il a jugé ironique que certains pays moins avancés, comme le sien, aient été « punis parce qu’ils pouvaient rembourser le service de leur dette, alors que ceux qui ont emprunté au-delà de leurs moyens ont été récompensés par une annulation de leur dette ».  Enfin, il a appelé à la reprise et à la conclusion du Cycle des négociations commerciales de Doha car, a-t-il dit, la prolifération d’accords commerciaux bilatéraux entrave les efforts d’industrialisation des pays en développement.

 

Mme Luisa Dias DIOGO, Premier Ministre du Mozambique, a commencé par rappeler le coût élevé de la réalisation des OMD. Ensuite elle a espéré que la crise financière actuelle ne servira pas d’excuse pour ne pas respecter les engagements pris en matière d’aide publique au développement.  Elle a souhaité que les Nations Unies jouent un rôle de premier rang afin que la communauté internationale dans son ensemble assume sa responsabilité et prenne les mesures nécessaires face à la situation actuelle.  Elle a indiqué que son pays avait connu une croissance de 7 % de son PIB au cours des cinq dernières années, notamment en améliorant l’environnement des affaires, la bonne gouvernance et ses politiques macroéconomiques.  Elle a toutefois estimé que la viabilité de ces réalisations dépendait d’une responsabilité commune entre pays en développement et ceux développés et a ainsi exhorté ces derniers à respecter les engagements pris en matière d’assistance.  Mme DIOGO a particulièrement insisté sur l’importance des investissements directs étrangers et des partenariats entre le secteur public et le secteur privé pour financer les programmes de développement.  Elle a enfin soutenu qu’il était aussi nécessaire d’accorder une attention aux questions urgentes de l’allégement de la dette et de la conclusion du Cycle de négociations commerciales de Doha.

 

M. Faure Essozimna GNASSINGBE, Président du Togo, a estimé que les espoirs justifiés, suscités par le Consensus de Monterrey, malgré les efforts consentis de part et d’autre, sont aujourd’hui loin d’être comblés.  Il a affirmé que son pays, après avoir traversé une longue crise sociopolitique qui a freiné le processus de développement du pays et occasionné une réduction massive de l’aide extérieure due à la suspension de la coopération avec ses principaux partenaires au développement, s’était résolument engagé depuis 2006 dans un vaste programme de réformes politiques, économiques et financières visant l’instauration des structures et mécanismes nécessaires à la mobilisation de ses ressources intérieures et des concours financiers de ses partenaires au développement.  Cependant, a ajouté le Président togolais, beaucoup reste encore à faire pour créer les conditions favorables à un véritable développement socioéconomique du Togo.  Il revient aux partenaires au développement de soutenir davantage les efforts du pays en assurant un accroissement substantiel de l’APD et en procédant à une plus grande ouverture de leurs marchés aux produits d’exportation, a-t-il déclaré.

 

M. Barnabas Sibusiso DLAMINI, Premier Ministre du Swaziland, a souligné la nécessité de conclure le Cycle de négociations commerciales, qui est crucial, a-t-il précisé, pour le développement durable.  Il a encouragé le Directeur général de l’OMC, M. Pascal LAMY, à faire avancer l’Agenda des négociations avec la vision qui l’a, jusqu’à présent, guidé au bénéfice des pays en développement.  Il a exprimé sa profonde inquiétude face au déclin continu de l’aide publique au développement, en particulier celle destinée aux pays les moins avancés.  Le Premier Ministre a ainsi exhorté les pays développés qui ne l’ont pas encore fait, à réaliser l’objectif défini à Monterrey de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide publique au développement.  Il a en outre proposé que des mesures appropriées soient trouvées en vue d’aider les pays en développement à soulager leur dette extérieure, et ce, en collaboration avec la Banque mondiale et le FMI. 

 

M. Dileita Mohamed DILEITA, Premier Ministre de Djibouti, a rappelé que son pays faisait malheureusement partie de ces États pour lesquels les Objectifs du Millénaire pour le développement à l’horizon 2015 restaient un défi difficile à relever sans l’appui de ses partenaires.  À travers ce constat alarmant, c’est l’attitude de la communauté internationale et le non-respect des engagements pris par cette dernière qui sont mis en relief, a-t-il estimé.  Le Premier Ministre s’est dit conscient qu’une bonne gouvernance marquée par un environnement juridique et institutionnel propice au financement du secteur privé et une politique efficiente de valorisation des ressources humaines, par le biais de politiques en matière d’emploi, d’éducation et de santé étaient primordiales pour assurer les ressources financières.  Le Premier Ministre a par ailleurs plaidé en faveur d’une refonte de l’architecture financière internationale afin que la réponse apportée à cette crise soit globale.  L’Afrique se doit de faire entendre sa voix et de ne pas être la grande absente du nouvel édifice financier, a-t-il déclaré.  La crise économique et financière ne doit pas servir de prétexte pour une contraction de l’aide publique au développement car la réalisation des Objectifs du Millénaire est une nécessité économique, plus qu’un impératif moral car, in fine, le développement des pays pauvres aux fortes potentialités ouvre des perspectives encourageantes pour le commerce international, a-t-il ajouté.

 

M. Jean EYEGHE NDONG, Premier Ministre du Gabon, qui a prononcé un message du Président du Gabon, El Hadj Omar BONGO ONDIMBA, a estimé que, malgré quelques avancées timides, les résultats acquis depuis l’adoption du Consensus de Monterrey n’étaient guère satisfaisants.  Il y a lieu de s’étonner, a-t-il dit, du peu de résultats tangibles obtenus quant à la mobilisation des ressources extérieures.  Si les transferts nets vers les pays en développement n’ont cessé de progresser, seuls les pays les moins avancés en sont les réels bénéficiaires, a-t-il constaté, s’interrogeant sur les pays à revenu intermédiaire dont le Gabon avait déjà évoqué l’éventuelle exclusion en mars 2002.  Il a déploré par ailleurs la suspension du Cycle de négociations commerciales de Doha, supposé couvrir, a-t-il précisé, l’ère du développement d’un commerce équitable.  Le Premier Ministre a de même estimé que le Consensus de Monterrey, quel qu’en soit le bilan, devait être consolidé.  C’est dans cette perspective que s’inscrit le Gabon, lequel, a-t-il dit, est résolument déterminé à respecter les engagements dans ce cadre.  Il a en outre mis l’accent sur la nécessité de s’attaquer avec courage et vigueur aux dysfonctionnements qui minent l’architecture financière internationale pour que celle-ci accorde une plus grande place aux préoccupations de développement.

 

M. Abbas EL FASSI, Premier Ministre du Maroc, prononçant un message du Roi du Maroc, MOHAMMED VI, a appelé la communauté internationale à prêter toute l’attention requise aux pays les plus pauvres qui ne peuvent se passer de l’aide publique au développement.  Il l’a exhortée également à œuvrer de sorte que les pays à revenu intermédiaire puissent continuer à bénéficier du soutien des pays donateurs et des institutions financières internationales.  Il a appelé la communauté internationale à établir une feuille de route précise qui prenne en considération les enjeux actuels et les défis à venir.  Il importe, à ses yeux, d’œuvrer à une relance des flux d’aide au développement afin de les hisser au niveau fixé par la communauté internationale.  Il convient aussi de rehausser la qualité de cette aide et d’en améliorer l’efficacité et la prévisibilité, en renforçant l’appropriation nationale, à la lumière des priorités des pays bénéficiaires et conformément à la Déclaration de Paris et du Programme d’Action d’Accra.  Il a engagé les pays développés à faire preuve de flexibilité pour mener à terme les négociations commerciales multilatérales et à entamer une réforme globale du système financier international, de manière à permettre aux pays en développement de s’associer à la conception des politiques financières, et à renforcer le rôle qu’ils jouent au sein des institutions financières internationales. 

 

M. Faustin-Archange TOUADERA, Premier Ministre de la République centrafricaine, qui intervenait au nom du Président de la République centrafricaine, M. François BOZIZE, a souligné l’impérieuse nécessité d’une augmentation significative et réelle du volume des ressources publiques allouées à l’aide publique au développement.  Il a mis l’accent sur la nécessité d’impliquer davantage les pays les moins avancés dans la prise des décisions qui concernent leur développement, que ce soit la coordination de l’aide ou les mesures d’allégement de la dette.  Il a indiqué que son pays proposerait, à l’issue de la Conférence, l’organisation des concertations sous-régionales au sein de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEMAC), pour l’adoption de mesures entrant dans le cadre des financements du développement.  Il s’est dit en particulier convaincu que l’annulation rapide et totale de toutes les dettes bilatérales publiques et de toutes les dettes multilatérales de l’ensemble des pays les moins avancés serait une contribution à l’éradication de la pauvreté.  Il a appelé la communauté internationale, notamment les pays développés, à accroître sensiblement leurs contributions aux institutions multilatérales, comme l’Association internationale de développement (AID) du groupe de la Banque mondiale, le Fonds africain de développement et toutes les banques régionales ou sous-régionales de financement du développement.  Il a en outre lancé un appel à la communauté internationale pour que les mesures adoptées à Bruxelles en faveur de tous les pays les moins avancés soient mises en œuvre sans délai. 

 

M. Omar Hassan Ahmad AL-BACHIR, Président du Soudan, a déclaré qu’à la lumière de la crise financière actuelle touchant tous les pays du monde, il faudrait tenir compte des importantes recommandations contenues dans la Déclaration finale du récent Sommet du G-20 à Washington, en particulier celles concernant la réforme de la Banque mondiale et du FMI.  Il a souhaité que ces réformes reflètent les changements affectant l’économie mondiale et améliorent la réponse aux nouveaux défis.  Le Président soudanais a ensuite lié le développement économique et la croissance à l’instauration de la stabilité et de la paix.  Il a ainsi estimé que son pays était un exemple « idéal » en la matière, tous les efforts étant engagés par lui pour concrétiser ce lien entre développement et paix.  Il a évoqué les différents accords de paix conclus ces dernières années dans son pays, en particulier concernant le sud et l’est du Soudan ainsi que la province du Darfour.  Il a salué l’apport de la communauté internationale dans la finalisation de ces accords, regrettant cependant que les donateurs n’aient pas honoré les engagements pris après la signature de l’Accord de paix global de 2005, les citoyens soudanais n’ayant pas pu, à ce jour, bénéficier des dividendes de la paix.  Il a conclu en déclarant que son gouvernement continuerait d’œuvrer sans relâche à un règlement pacifique et complet du « problème » du Darfour. 

 

M. Carlos CORREIA, Premier Ministre de la Guinée-Bissau, a souligné la nécessité de renforcer les capacités à s’adapter à la nouvelle situation et aux défis, en recherchant de nouvelles sources innovantes de financement, à la mesure de la nature et de la complexité d’une crise mondiale dont la solution exige une coopération internationale plus efficace.  Il est important, a-t-il dit, de demeurer engagés dans la lutte pour l’élimination de la pauvreté et contre les pandémies de VIH/sida, de tuberculose et de paludisme.  Il est tout aussi crucial, a-t-il ajouté, d’œuvrer ensemble aux réformes nécessaires du système financier international, en créant notamment de nouveaux mécanismes et en assurant une participation plus large et équitable aux prises de décisions des institutions de Bretton Woods.  Les pays en développement, les économies émergentes en particulier, ont un rôle plus large à jouer dans la définition des politiques du FMI et de la Banque mondiale, a-t-il affirmé.  L’économie mondiale et le système financier international ne peuvent rester les otages d’un système basé sur la spéculation, a estimé le ministre.

 

M. Yahya Ould Ahmed EL WAGHEF, Premier Ministre de la Mauritanie, a souligné que les défis auxquels le monde était confronté s’étaient aggravés depuis la Conférence de Monterrey, plus récemment en raison des crises alimentaire et financière.  Il a noté que, selon les estimations, ces crises pourraient générer une baisse de 3,8% de la croissance économique de 2007.  Rappelant que les pays en développement étaient encore loin de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement en raison de leur difficile situation économique, il a appelé les pays développés à établir de véritables partenariats en faveur du développement.  Dans ce cadre, le Président mauritanien a estimé essentiel de prendre en compte la nécessité d’ouvrir les marchés aux exportations des pays en développement en éliminant tous les obstacles, dont les tarifs douaniers.  Il a aussi mis l’accent sur l’importance de traiter de l’annulation de la dette et de fournir une assistance technologique dans tous les domaines. 

 

M. Fradique Bandeira Melo de MENEZES, Président de Sao Tomé et Principe, a estimé que les espoirs du Consensus de Monterrey n’avaient pas été remplis.  Il a indiqué que son pays était soumis à un programme d’ajustement structurel depuis 20 ans mais que la dette demeurait un obstacle majeur à l’avenir national.  L’application de ce programme d’ajustement structurel avait conduit l’agriculture nationale à la banqueroute, a-t-il ajouté, précisant que cette situation résultait de l’adoption de mesures conseillées par des experts internationaux.  Il a ajouté que son pays ne disposait pas de ressources humaines suffisantes et n’était pas capable de financer les infrastructures essentielles au développement.  En outre, le Président de Sao Tomé et Principe a aussi souligné que les restrictions constantes dont souffrent les citoyens sont en train de provoquer le mécontentement au sein de la population, créant des problèmes sociaux et même politiques, comme l’ont démontré les deux tentatives de coup d’État qu’a connu le pays.  Il est temps d’avoir plus d’imagination et de trouver d’autres idées qui prennent en compte les souffrances des populations, a-t-il conclu en plaidant pour un « développement à visage humain ». 

 

M. James Alix MICHEL, Président des Seychelles, a déclaré que la Conférence de Doha devrait trouver les moyens de partager la prospérité aux bénéfices de tous.  Il a mis en avant la situation des petits États, qui sont selon lui, les « baromètres du monde » car ils sont les premiers à être affectés par les crises mondiales.  Malgré les progrès accomplis dans son pays, il a indiqué que les Seychelles faisaient face à un « paradoxe en matière de développement » dans la mesure où leurs réalisations étaient érodées par des principes mondiaux injustes.  Il a rappelé que les petits États insulaires en développement et les pays à revenu intermédiaire n’avaient souvent pas accès à certaines facilités financières mais demeuraient pourtant très vulnérables aux chocs externes et dépendaient largement des importations.  Il a aussi dit que le développement des ressources humaines, le meilleur atout des États et celui des infrastructures nécessitaient une assistance financière.  Le Président des Seychelles a également estimé qu’il faudrait créer une nouvelle architecture pour le financement du développement.  À cet égard, il a reconnu le rôle de chef de file de l’ONU et l’importance des institutions de Bretton Woods.  Enfin, il a souhaité que le financement en faveur de la protection de l’environnement soit encouragé, notamment en accordant des conditions préférentielles pour les emprunts concernant les efforts entrepris pour préserver l’environnement et assurer un développement durable.

 

M. Robert MUGABE, Président du Zimbabwe, a affirmé que son pays continuait d’être victime de mesures économiques unilatérales de coercition qui avaient des effets négatifs sur les secteurs clefs et affectaient les groupes les plus vulnérables.  Il a précisé que les progrès effectués dans le domaine de l’éducation ou la santé au niveau national étaient menacés par ces mesures et a demandé qu’elles soient levées.  Exhortant tous les pays à respecter les engagements en matière d’aide publique au développement, il a jugé que l’assistance financière devrait être prévisible et appropriée afin d’avoir véritablement un effet significatif.  En outre, il a relevé que de nouvelles ressources étaient nécessaires pour continuer à lutter contre la pauvreté au-delà de la date fixée pour parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement.  Par ailleurs, a estimé le Président du Zimbabwe, l’annulation complète de la dette est la solution au problème qu’elle pose.  Il a soutenu qu’il faudrait accorder davantage d’attention aux disparités du régime commercial mondial, plaidant pour la suppression des barrières dans ce domaine et regrettant l’impasse dans laquelle se trouve le Cycle des négociations commerciales de Doha.  M. MUGABE a aussi souhaité que les institutions financières reflètent mieux le poids des pays en développement dans le monde, arguant aussi que seule l’ONU avait la crédibilité nécessaire pour mener une réforme financière mondiale légitime.  Enfin, il a déclaré que l’aide aux pays en développement ne devrait pas être assortie de condition et qu’il faudrait accorder un espace politique à ces États pour l’établissement de leurs priorités, notamment dans le domaine de l’agriculture. 

 

M. Mohamed GHANNOUCHI, Premier Ministre de la Tunisie, a affirmé que les réponses à la crise financière devraient inclure les pays en développement.  Il a également souligné que cette crise ne devrait pas servir d’excuse aux pays développés pour qu’ils se consacrent uniquement à leurs affaires nationales.  Au contraire, cela exige une approche plus large qui prend en compte les interdépendances dans le monde, a-t-il poursuivi, notant qu’il était dans l’intérêt des pays industrialisés de créer des liens avec les pays en développement.  Le Premier Ministre tunisien a estimé que la Conférence internationale sur le financement du développement était l’occasion de trouver les moyens de parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement.  S’agissant du Cycle des négociations commerciales de Doha, il a souhaité que tous les efforts soient faits pour permettre de créer un régime d’échanges plus juste et qui donne l’opportunité aux pays en développement de diversifier et d’accroître leurs économies. 

 

Outre ces interventions, pour le compte de l’Afrique la Conférence a également entendu des vice-premiers ministres, des ministres et autres hauts fonctionnaires des pays suivants : Guinée équatoriale, Madagascar, Angola, Égypte, Sénégal, Nigeria, Rwanda, Zambie, Libye, Cameroun, Botswana, Cap-Vert, etc.

 

Les défis et les problèmes nouveaux

 

En somme, la Conférence a chargé l’ONU, par l’intermédiaire du Président de l’assemblée générale, M. Miguel d’ESCOTO, d’organiser un sommet mondial sur les crises financière et économique et leur impact sur le développement. Les modalités de ce sommet devront être définies par ce dernier d’ici au mois de mars 2009, au plus tard. Dans le cadre des préparatifs de cette conférence, la présidence de l’Assemblée générale a convoqué une Commission d’experts sur la réforme du système monétaire et financier, composée d’experts éminents du monde entier.

M. d’ESCOTO a formulé l’espoir que : la crise actuelle sera endiguée afin d’éviter une dépression mondiale dévastatrice ; une partie essentielle d’un système stable et équitable exigera la réforme de toutes les institutions économiques internationales et des organes d’établissement des normes afin d’assurer une représentation appropriée des pays les moins développés.

L’Afrique sera impliqué dans le souhait formulé par M. d’ESCOTO, comme l’a affirmé M. Jean PING lors des journées européennes du développement à Strasbourg que l’Afrique soit écoutée et entendue dans les futures décisions sur l’architecture financière internationale. Il y a pour nous un problème, c’est qu’on a pris l’habitude de prendre les décisions à notre place, sans nous écouter, et de nous les imposer a-t-il fait remarquer avant de conclure que « L’Afrique demande à être entendu. Si nous ne sommes rien, nous voulons être quelque chose. Nous voulons être écoutés, nous voulons être entendus et nous souhaitons prendre part aux décisions qui vont engager notre destin »[2].

Pendant quatre jours, la Conférence de Doha a réuni Etats membres, experts, représentants du monde des affaires et de la société civile qui ont dressé leur bilan des progrès réalisés depuis la Conférence de Monterrey et réfléchi aux solutions à apporter aux nouveaux défis et enjeux qui sont apparus, comme celui des changements climatiques. Au total, 39 chefs d’Etat et de gouvernement se seront succédé à la tribune de la Conférence de Doha, tandis que 250 réseaux de la société civile auront pris part aux débats en séance plénière ou dans des tables rondes.

 

*Patrice ITOUA

Spécialiste des institutions financières internationales

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[1] Nations Unies, Département de l’information, service des informations et des accréditations, New York, décembre 2008.

 

[2] AFP, 16 novembre 2008.

 

 

 

 
 
 
Mis à jour le Mercredi, 11 Février 2009 08:18
 
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